La thérapie: mode d'emploi
Petit guide sur les questions à se poser avant d'entamer une thérapie.
La psychologie n’a jamais été aussi présente dans notre vie quotidienne mais n’a jamais été aussi peu claire. De nos jours, nous invoquons des spécialistes dans les magazines et les médias pour faire la dissection de nos moindres faits et gestes à la recherche d’une anomalie cachée. Pourtant, la plupart des personnes ne savent même plus ce qu’est une thérapie. Comment en retirer le moindre bénéfice si l’on ne sait même pas ce que nous sommes supposés en attendre ? Il faut dire que de plus en plus de professionnels cherchant à se démarquer par des techniques ou approches dans l’air du temps oublient de rappeler les bases et entretiennent la confusion. Voici donc en quelques questions un rapide tour des éléments à savoir pour prendre votre décision.
Quel est le but d’une thérapie ?
Une thérapie vise à induire un changement psychologique durable. Entre le début et la fin de la thérapie, nos habitudes de fonctionnement sont changées et nous ne serons plus la même personne. Ce changement implique le deuil d’un état précédent, il faut donc rappeler qu’un certain degré d’inconfort est absolument normal. Vouloir entamer une thérapie pour ne rien changer chez soi mais simplement obtenir de la réassurance et accuser le reste du monde ne produira aucun effet si ce n’est renforcer le fonctionnement qui est déjà à l’origine du mal-être de départ.
La thérapie n’est pas un lieu où l’on blâme les autres (par exemple, ses parents comme le voudrait le cliché), où l’on entretient un certain confort illusoire en pensant être spécial, où l’on revit à l’envie des vœux pieux que la société nous a répété : « Tu peux être ce que tu veux. »
Nous avons tous des limites, nous sommes imparfaits et c’est normal. Le refus de cette réalité est bien souvent la cause d’une bonne partie de nos souffrances. La psychothérapie est un processus de compréhension et d’exploration des aspects de vous-même qui vous ont échappé. Vous apprenez avec la collaboration d’un autre qui viendra souligner en direct en quoi votre esprit est obscurci par des fantasmes, des pensées et des sentiments qui vous angoissent depuis des années. Ce résultat s’obtient en explorant les événements du quotidien, les pensées fugaces, les ruminations et la relation qui se développe avec le thérapeute (ce qui explique aussi qu’un minimum de temps soit nécessaire, nous ne pouvons approfondir une relation en trois séances !).
L’essentiel de ce travail porte sur le présent, et non sur le passé. Nous pouvons analyser les raisons de votre fonctionnement en utilisant votre passé à cette fin mais il n’est qu’un outil au service de la compréhension de votre fonctionnement ici et maintenant.
Pourquoi un changement est-il nécessaire et non simplement le rétablissement d’un sentiment de bien-être ?
Cette réponse suscitera probablement le plus de surprise car dans notre culture actuel, consulter un psy arrive lorsque l’on souhaite “aller mieux”. Mais il nous faut nous entendre sur la définition d’un réel bien-être: si un individu en vient à consulter, il s’agit rarement d’un problème récent et soudain. Nous ne consultons pas un psychologue le mercredi après avoir découvert le début d’une grippe le lundi. Nous le consultons après une lente accumulation de mal-être qui résulte d’une certaine façon de fonctionner. Le sujet a probablement déjà passé des années à tenter de s’adapter et s’accroche à des habitudes concrètes ou mentales qui participent à maintenir un équilibre psychique précaire.
Cet équilibre fonctionne dans le sens où il assure à la personne une certaine stabilité mais il est souvent dysfonctionnel parce qu’il engendre un mal-être ou le renforce ou cause des effets délétères sur la vie de la personne et son entourage. Le psychologue devient donc une sorte de partenaire de deuil qui accompagne la personne dans l’inconnu pour y trouver un équilibre fonctionnant sur d’autres bases plus compatibles avec ses aspirations.
Comment définir le travail à effectuer ?
Lors de la première consultation, le sujet et le psychologue doivent éclaircir trois questions fondamentales avant d’envisager quoi que se soit. Nous ne venons pas dans une thérapie avec des réponses mais d’abord avec des questions:
Quel est le problème ? Quelle est la motivation précise de la prise de rdv ?
Qu’attendez-vous de la thérapie ? Avez-vous une idée de ce que vous aimeriez changer chez vous qui permettra de résoudre le problème ? Le sujet n’a pas besoin d’avoir une idée précise, il s’agit d’éclaircir les motivations et de poser une première hypothèse.
Pourquoi consulter maintenant précisément et pas avant ? Cette question ouvre la voie à l’historique du problème.
Ces questions permettent d’éviter de tomber dans certains écueils courants. Il nous faut pouvoir distinguer ce qui, dans le problème présent, relève des circonstances de la vie et de causes psychologiques sous-jacentes. Certaines souffrances de l’existence sont malheureusement inévitables et lorsqu’une personne vit un évènement difficile qui ne prend pas racine dans un quelconque élément de sa personnalité, le psychologue doit avoir l’honnêteté de lui expliquer que la thérapie ne lui sera d’aucune utilité.
Bien qu’un soutien émotionnel puisse être un but en soi, il ne s’agira pas pour autant d’une thérapie. Bien entendu, les situations dans la vie réelle sont rarement aussi tranchées et les deux éléments finissent par interagir d’une manière ou d’une autre. Ce n’est cependant que le second élément qui peut faire l’objet d’un travail.
Mon psychologue doit-il être parfait ?
Les psychologues sont des êtres humains avec leurs défauts et leurs problèmes. Ils n’ont pas besoin d’être parfaits pour bien faire leur travail. Cependant, quelques précautions sont de mises:
Un psychologue qui a souffert et est revenu triomphant de ses épreuves est sans doute un meilleur guide qu’un psychologue qui n’a rien vécu bien que cela ne soit pas un obstacle. Mais le vrai danger se trouverait chez un psychologue qui n’a pas terminé sa guérison et chercherait sans le savoir à compenser par son travail des failles personnelles. Il est judicieux de demander rapidement à votre psychologue si ce dernier suit une supervision.
Méfiez-vous des activistes: un psychologue à le droit d’avoir des convictions politiques ou religieuses et il a le droit de les défendre dans la société mais il doit les laisser à l’entrée de son cabinet. Il doit avoir l’ouverture d’esprit nécessaire pour aller à la rencontre du patient sans y plaquer sa propre définition d’une vie juste. Il n’est pas un coach ni un éducateur. Si il ne sait pas mettre de distance avec ses convictions, il devient difficile de réellement être en empathie avec le patient et de se mettre à sa place.
Méfiez-vous de ceux qui n’osent pas vous remettre en question. Un psychologue qui n’assume jamais la responsabilité de vous faire sortir de votre zone de confort ne vous aidera pas à progresser. Vous êtes là pour expérimenter ce qui vous fait souffrir dans la vie réelle. Il ne devrait pas avoir peur d’un quelconque aspect de la nature humaine.
Le psychologue devrait être plus intéressé par vous que par un diagnostic ou une étiquette particulière. Sans réel curiosité pour un autre, la tentation de se précipiter vers une conclusion partielle devient trop importante. Le psychologue ne devrait pas chercher à immédiatement plaquer des outils sur votre cas en première intention mais devrait inviter à une exploration commune d’une définition convenable de votre situation. Un bon signe de confiance mutuelle est la présence d’un confort partagé dans l’inconfort de ne pas avoir une réponse immédiate.
Ce dernier point semblera peut être cruel à certaines sensibilités mais il me semble préférable que le psychologue soit autant si ce n’est plus intelligent que son patient. Ce n’est cependant pas une obligation, l’essentiel du processus étant relationnel avant tout. Il est simplement bien plus facile de se confier à quelqu’un que l’on respecte plus facilement. Devoir reformuler sans cesse en espérant être compris peut devenir frustrant et empêcher de se confier alors qu’un psychologue plus intelligent saura saisir votre cheminement sans avoir à se brider.
En résumé, il n’a pas besoin d’être une personne idéale mais il doit être lucide.
Mais finalement, est-ce que parler à un ami revient à la même chose ?
Non puisque dans nos amitiés, ils se jouent des attentes implicites qui limitent ce que nous pouvons dire. La thérapie est un espace libre, un laboratoire dans lequel le partenaire d’exploration de soi qu’est le psychologue est tenu d’accueillir tout ce qui se dit. C’est précisément parce qu’il n’est pas un ami que le psychologue vous permet d’être libre d’explorer tous les aspects de votre personne, y compris les plus sombres et les plus honteux.
Cependant, si la personne vient avec les mauvaises motivations (recherche seulement de réconfort, validation sans travail de fond) et que le psychologue n’est pas bien rigoureux, son action ne sera pas bien supérieure à celle d’une diseuse de bonne aventure qui se contente d’exaucer ses vœux ou de ChatGPT qui le confortera dans ses biais. Tout changement profond est un processus avec des phases douloureuses. Si il faut pouvoir se sentir en confiance avec le psychologue, il faut aussi savoir qu’il est absolument normal que la relation avec lui prendra des tournures inattendues. Il proposera sans doute des hypothèses provocantes, mettra le doigt sur quelque chose de douloureux et vous le haïrez temporairement pour cela.
Ce qui se joue dans la relation, le transfert et le contre-transfert, sont autant d’occasions de saisir au vol les particularités de votre fonctionnement psychique et d’apprendre à mieux vous connaitre. Son expertise permet de vous faire voir votre manière d’entrer en relation avec un inconnu. Pourquoi est-ce si important ? Parce que sans le savoir, vous finirez par saboter la relation avec lui de la même manière que vous sabotez vos autres relations.
Tout ceci repose sur un principe simple: le patient s’attend à ce que le thérapeute se comporte avec lui de la même manière que les autres. Il attendra de lui des compliments ; il déposera sur lui sa colère, ses fantasmes et ses désirs. Au début, toutes ces pensées seront inconscientes. Petit à petit, elles deviendront évidentes et repérables dans la vie de tous les jours. Et je crois que c’est ce qui rend la thérapie si difficile : franchir ce premier pas d’accepter de ne pas tout contrôler avec un inconnu. Mais ne vous inquiétez pas, c’est non seulement normal, mais attendu et utile. Avec le temps, ces sentiments changeront.
Il n’est pas possible d’agir consciemment sur quelque chose qui nous est invisible, la thérapie vise à améliorer notre connaissance des aspects invisibles de notre personnalité. Une fois conscientisés, il nous est possible de choisir librement ce que nous souhaitons en faire et comment aborder notre vie armés de ce nouveau savoir. Ce fait est la raison pour laquelle je n’ai pas parlé d’une technique en particulier. Peu importe cette dernière, si les conditions énoncées précédemment sont respectées, un changement devrait avoir lieu. Si elles ne le sont pas, il ne sert à rien de brandir les dernières méta-analyses pour vendre une technique révolutionnaire qui dispense d’une authentique rencontre de personne à personne. Le lien thérapeutique reste un fait inévitable de la thérapie et c’est ce dernier qui est le matériel brut à partir duquel le travail d’analyse peut se faire.
Est-ce que cela veut dire que je peux tout lui dire ? Y compris mon mécontentement à son égard ?
Oui, n’hésitez pas à faire part de vos réserves ou de vos sentiments négatifs à votre thérapeute. Si vous avez l’impression d’être incompris(e), si vous trouvez qu’il parle trop ou pas assez, si vous avez le sentiment que ses préoccupations priment sur les vôtres, si vous avez l’impression qu’il vous impose des modèles théoriques qui ne collent avec ce que vous vivez, si vous avez le sentiment qu’il n’est pas assez attentif, exprimez ces préoccupations en exigeant qu’il se montre attentif.
Un bon psychologue en tiendra compte et y verra l’opportunité de corriger ses hypothèses ainsi que d’observer l’interaction pour faire avancer votre compréhension de vos schémas relationnels. Si il ignore ce mal-être au lieu de s’en saisir et passe plus de temps à se défendre et se préoccuper de son ressenti plutôt que du vôtre, vous ne devriez pas continuer à travailler avec lui.
Comment savoir que l’on progresse et que la thérapie arrive à sa fin ?
La personne est désormais en possession d’un nouveau savoir sur son fonctionnement, l’a éprouvé autant intellectuellement qu’émotionnellement et se sent prête à l’appliquer au quotidien pour reprendre le contrôle sur sa vie dont la progression semblait suspendue par le problème initial. La seule compréhension intellectuelle est potentiellement un piège qui peut donner l’impression d’un faux progrès rapide. L’expérience concrète fera bien vite réaliser que notre raison seule ne peut pas tout contrôler et que savoir n’est pas forcément pouvoir. C’est le lien thérapeutique qui permet d’expérimenter et vivre des façons différentes d’entrer en relation.
La thérapie nous permet de voir comment fonctionne notre esprit, nous apprenons à savoir pourquoi et comment nous choisissons certaines personnes, pourquoi nous nous comportons de la même manière, et pourquoi nous hésitons dans nos décisions, pourquoi nous nous sentons très seuls, ou pourquoi nous pouvons avoir le sentiment qu’il nous manque quelque chose. Apprivoiser les mécanismes de défense qui nous font souffrir ou nous limitent demande du temps et du tact: de la même manière que développer ses performances physiques implique de régulièrement s’exposer à un inconfort, de la fatigue et des courbatures, développer notre résilience émotionnelle demande une exposition répétée à de l’inconfort, des pensées difficiles et douloureuses ponctuée de temps de repos. Le changement est visible pour la personne qui verra son quotidien se ponctuer de petits moments de “eurêka”.
Les bienfaits de la psychothérapie ne proviennent pas directement du fait de parler de soi. Ils proviennent du travail sur les obstacles intérieurs (comme la honte, les idées limitantes et la peur du jugement) qui empêchent de se montrer authentiquement soi dans une relation humaine. Ces obstacles, différents selon les types de personnalité et les parcours de vie individuels, apparaitront pendant la thérapie et seront mis en lumière avec leur généalogie. Les progrès les plus visibles se feront ensuite en réalité entre les séances qui sèment des graines de compréhension qui fleuriront au contact de la vie. Là où avant, elle réagissait avec rigidité en s’appuyant sur des mécanismes de défenses inadaptés, la personne s’adapte avec plus de flexibilité et de nuances face à ce qui la faisait souffrir. Les symptômes diminuent par eux-mêmes proportionnellement à cette évolution. L’augmentation de son autonomie implique nécessairement qu’elle ne ressentira plus le besoin de voir le psychologue au bout d’un moment et c’est probablement ce que ce dernier peut lui souhaiter de mieux.
Une question ? Une envie de me faire part de votre situation avant une éventuelle consultation ? J’exerce à Paris (avec un nombre limité de jours en libre prise de rdv) mais propose également des consultations à distance pour ceux qui le souhaitent.
Vous pouvez m’adresser un mail à l’adresse suivante: mc.cabinetpsy@gmail.com



Et je n'osais un jour pouvoir lire tel texte sur les réseaux.
Malheureusement, il ne fut pas plébiscité, étonnant ?
Non.
Il ne donne pas solutions miracles, mais pose de façon très juste ce qu'est l'accompagnement.
Je ne par le pas d'un métier en général, mais toutes les professions qui touche à la santé mentale comme ont dit de nos jours.
Peu importe qu'il soit coach ou psy, diplômé, ou non, certifié ou non, chaque foutue personne qui ambitionne d'accompagner un humain dans sa quête de "bien être", ou dans se quête de "sens", ou "identitaire" se devrait de respecter ce cadre.