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Avatar de Madame S'il-vous-plaît

J'aurais eu tendance à prendre le problème dans l'autre sens.

Avec la mobilité, les migrations, séparations et éloignements grandissants, les liens sont devenus plus fragiles, plus sensibles aux contrariétés.

On a moins de temps à partager en famille, la confrontation et le risque de vexation est donc plus lourd de conséquences.

Il devient alors préférable d'éviter toute mise en évidence de désaccords profonds, la préservation d'un rapport cordial primant de plus en plus sur un partage sincère de visions ou croyances personnelles. Autrement dit le lien est devenu plus supercifiel et la communication plus creuse, tout simplement parce que nous sommes physiquement isolés les uns des autres.

Le tonton beurré raciste est devenu l'archétype du mal parce qu'il est parfaitement nature, sans filtre, et on peut se permettre de le dédaigner ou de le prendre de haut parce qu'au final le lien n'est plus ce qu'il était, il n'est plus nécessaire, ni même vraiment important.

Donc camper sur des abstractions sans chercher à comprendre l'autre, ni à chercher la vérité en affûtant ses arguments grâce au débat, ça finit par prendre d'autant plus le dessus sur la discussion honnête et sans mépris que le tonton est de moins en moins à nos yeux quelqu'un avec qui on partage des gènes et une histoire, quelqu'un de susceptible de nous sauver la vie un jour ou l'autre, et de plus en plus un personnage secondaire du livre dont nous sommes le héros.

Cette idée selon laquelle les besoins vitaux sont éteints par un confort perçu comme normal s'étend je crois aux besoins sociaux, les relations virtuelles étant au bout du compte moins risquées et moins coûteuses que les discussions de comptoir qui n'aboutissent certes pas toujours à des fulgurances mais contraignent à un minimum de courtoisie et d'effort intellectuel pour se faire comprendre quand on veut faire passer une idée.

La présence physique de l'autre compte énormément pour apprendre à réguler ses propres réactions et à s'adapter en temps réel à celles de l'autre.

Surtout quand c'est quelqu'un qui compte.

Imposer ses vues à ses proches ou leur reprocher leurs pensées n'a pas de sens quand le lien est solide, dans une famille stable et épanouie l'échange n'implique pas de rupture en cas de désaccord, la dispute et les éventuelles vexations ne tournent pas au drame et sont facilement surmontables.

L'autonomisation grandissante des individus vis-à-vis de leur famille tend à rendre l'intégralité de leurs rapports plus creux. Si vous n'êtes pas capable de vous disputer gentiment avec quelqu'un de votre famille, comment seriez-vous capable de gérer correctement le conflit avec un parfait inconnu ?

Avatar de Maxence Carsana

Je suis entièrement d'accord sur l'éclatement des liens dans l'espace. Je crois que c'est justement ce qui oriente le plus les individus vers le virtuel pour compenser. Mais cela les expose aussi à la tentation de la comparaison et de privilégier un ailleurs imaginaire mais interactif à la réalité des liens qui subsistent (on ne choisit pas sa famille qui reste sa famille même à l'autre bout du pays). Le "groupe de pairs" qu'un adolescent peut potentiellement préférer à sa famille n'est plus à l'extérieur mais en permanence accessible dans sa poche.

Je crois aussi que les familles conflictuelles vont pousser plus que les autres à cette tentation de substitution. Mais c'est aussi une question de disposition de personnalité, j'ai vu de nombreux cas de familles parfaitement normales et fonctionnelles où un enfant décide tout de même couper les ponts ou de devenir agressif envers eux pour des désaccords d'idées. Ils n'ont objectivement rien à leur reprocher mais après avoir changé de "tribu" par substitution, tout un champ de reproches nouveaux s'ouvre sous leurs yeux.

Avatar de NG

Deux coquilles :

"L’individu à un rapport de consommation avec le contenu psychique" : a

"il ne faudra pas s’attendre à ce que les différents politiques" : différends

Avatar de Bruno

On écrit voire et non pas voir pour la signification "et peut-être même"